Annoncé aux Assises internationales du journalisme à Tunis : un Conseil de presse l'an prochain

Les débats autour du thème central « un journalisme utile aux citoyens ! » fut décliné sous tous ses aspects -, formation, vérification, indépendance, régulation ou autorégulation, statut, investigation, nouveaux outils, sécurité... le public fut attentif et réactif, la parole totalement libre à commencer par celle de mes confrères tunisiens qui, 7 ans après leur révolution, n’hésitent plus à critiquer le pouvoir et à regretter que tout aille trop lentement.

Très rapidement on a pu constater à quel point les préoccupation des uns -la rive nord de la Méditerranée- et des autres - la rive sud - n’étaient pas les mêmes ; « les journalistes du sud, avec les incroyables difficultés qu’ils rencontrent obligent à l’humilité », dira Jérôme Bouvier, l’organisateur de l’événement. Mais l’idée de faire dialoguer des journalistes venus de pays comme l’Egypte, le Yémen, la Lybie ou la Syrie avec des journalistes français ou belges a permis de faire des rencontres que l’on n’oubliera pas. Pour ma part, je me souviendrais longtemps de Barfi Bishar, jeune femme Yézidie, sortie pour la première fois de son camp en Irak, Barfi, en costume traditionnel, si fière de nous montrer ses photos. Car elle en a fait son métier et ses clichés donnent à voir le calvaire vécu par des femmes et des enfants qui ont du prendre la route de l’exil pour échapper au massacre perpétré par les djihadistes.

Ce dialogue a débouché sur plusieurs initiatives,. On en retiendra une , la création d’un réseau francophone de journalistes d’investigation  qui doit permettre aux journalistes du continent africain non seulement de mener des enquêtes communes avec les réseaux du nord mais aussi de mieux faire connaître par une plus large diffusion leurs propres découvertes.

Les questions d’éthique et de déontologie ont occupé une place importante avec notamment l’intervention de Muriel Hanot, secrétaire générale du Conseil de Déontologie belge (francophone), porteuse d’espoir car pour elle « l’information a gagné en qualité » depuis la création de cette instance il y a 10 ans et le lien de confiance s’est rétabli avec le public. Constat à prendre en compte face à d’autres diagnostics beaucoup plus pessimistes, sur la dévalorisation de l’information dans sa rivalité avec les réseaux sociaux. Eric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions s’est montré sévère à l’égard de tous ceux, « incompétents et incapables « qui n’ont pas su voir et comprendre ce qui se passait et qui aujourd’hui ne pèsent plus rien devant la formidable puissance de lobbying des GAFA (les géants du Web). Citant Hemingway, il a rappelé que « le changement arrive tout doucement et puis brusquement ».

En tout cas les médias tunisiens ont bien compris que sans la confiance du public, leur rôle serait de moindre importance. Et donc, un Conseil de presse verra le jour en début d’année prochaine, composé de représentants du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT), de la Fédération générale des directeurs de journaux , et de représentants de la société civile, notamment la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. 

 C’est par un « appel solennel » que se sont terminées ces Assises « pour que la liberté d’expression et la liberté de la presse soient défendues comme un bien fragile et précieux. Le droit de chaque citoyen à une information de qualité est un droit fondamental, comme celui de boire une eau saine, de respirer un air non pollué » Les États doivent garantir le libre accès aux informations et données publiques », souligne le communiqué qui demande également la reconnaissance dans tous les pays d’« un véritable statut pour les journalistes », d’« un soutien puissant aux écoles de journalisme » ou encore « la création de structures d’autorégulations qui garantissent l’indépendance des médias publics et privés, le respect des bonnes pratiques, une éthique et une déontologie au service des citoyens.

Rendez vous dans deux ans , en 2020 à Tunis pour une nouvelle édition des Assises internationales du journalisme. Et d’ici là on se retrouvera à Tours à la mi mars 2019 pour la 12 ème édition « nationale » en espérant y retrouver quelques uns de nos confrères du sud.

Jacqueline Papet

 

Publié le : 
Jeudi, 22 Novembre, 2018
Rubrique: