Victime d’une tentative d’homicide, le photoreporter William Roguelon sera indemnisé

William Roguelon lors d'une conférence en Italie en Avril 2017, il s'y exprimait sur l'attaque.

 

La Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions de Bordeaux vient de rendre une décision majeure. Le 3 juillet dernier, elle a avalisé la requête d’indemnisation du photoreporter français William Roguelon, visé et blessé par des tirs de mortiers le 24 mai 2014 lors d’un reportage en Ukraine.

 

Pas un accident, mais un crime

Gravement blessé par des éclats d’obus aux deux cuisses, il était accompagné par Andrea Rocchelli, journaliste italien et Andrey Mironov, fixeur, tous deux tués lors de l’attaque. Ils étaient tous les trois à Sloviansk pour couvrir les bombardements d’un village environnant. Souhaitant que ces faits ne restent pas impunis, il a saisi la juridiction française par le dépôt d’une plainte pénale dont le dossier peine à avancer ainsi que par une demande d’indemnisation auprès de la CIVI. C’est cette dernière qui vient tout juste de déclarer recevable sa demande d’indemnisation au titre du préjudice subi.
 

La décision du 3 juillet est majeure par sa motivation. Le magistrat qui a rendu ce jugement affirme que les faits n’étaient pas accidentels, mais une volonté manifeste et délibérée d’assassiner des journalistes, des citoyens. En ce sens, c’est donc un crime. Trois jours auparavant, la justice italienne annonçait avoir interpellé l’auteur présumé des faits, Vitaliy Markiv, italo-ukrainien de 27 ans, ancien commandant de la garde nationale ukrainienne. Cette arrestation intervient dans le cadre de l’enquête italienne initiée par la famille d’Andrea Rochelli, le journaliste italien mortellement touché par les tirs. Très investi dans la procédure italienne, William Roguelon a notamment participé à deux conférences en tant qu’intervenant, à Pérouse ainsi qu’au Sénat italien.  

 

 

Deux justices, deux vitesses

Toutefois, nous sommes étonnés que l’instruction pénale ouverte en France le 25 novembre 2014 pour tentative d’homicide volontaire, ne connaisse aucune avancée contrairement à l’instruction italienne et à la procédure civile française (cf décision de la CIVI). Qui plus est, l’absence de communication et collaboration de la justice française avec la justice italienne soulève des interrogations. Un immobilisme qui dure depuis bientôt trois ans et ce malgré les relances régulières de Maître Maud Sécheresse, avocate du photoreporter français. Manque de moyens ou manque de volontés politiques et diplomatiques, le mystère reste entier.

Dans ce combat que mène William Roguelon, nous, la CFDT Journalistes, le soutenons et appelons nos confrères à diffuser cette information pour que ces agissements ne restent pas impunis et soient connus de tous. Par soucis d'efficacité, nous appelons aussi les autres syndicats français de la profession à nous rejoindre dans ce soutien à l'égard de William Roguelon.

Le droit à l’information est une liberté fondamentale, pas un crime, mais vouloir l’assassiner en est un.

 

 

 

 
Publié le : 
Jeudi, 20 Juillet, 2017