Bientot les Assises internationales du journalisme à Tunis

Vingt-cinq journalistes yéménites, vingt lybiens, des syriens, jordaniens, libanais, des journalistes d'Afrique francophone et une centaine de tunisiens avec l'engagement du Syndicat national des journalistes tunisiens, sont d'ores et déjà inscrits. Le projet est né d'échanges avec des journalistes et étudiants francophones aux Assises de Tours, qui ont fait émerger la nécessité «qu'existe une communauté de dialogue des deux côtés de la Méditerrannée, ce qui est un enjeu majeur pas seulement pour les journalistes » indique Jérôme Bouvier, président de Journalisme et citoyenneté, organisateur des Assises. Le projet murit depuis un an et sa localisation s'est imposée en Tunisie, «symbole d'un combat pour la démocratie au sud de la Méditerranée, et lieu où nous serons garantis de ne pas être sous la pression d'un pouvoir, financier ou autre, Le projet s'incrit dans la durée, ce ne sera pas un one-shot » prévient-il. Une deuxième rencontre est déjà prévue à l'automne 2020.

Outre le soutien de fondations et de l'AFP choisies pour assurer son indépendance, la session a été rendue possible grace à une collaboration étroite avec des ONG qui travaillent sur ces questions (Union de la presse francophone, RSF, Maison des journalistes...) et grace à l'UNESCO, qui ont fait connaître l'initiative à des journalistes avec lesquels ils sont en lien. L'engagement de ces partenaires fait aussi écho au sens profond de la thématique retenue : « journalisme utile aux citoyens »... et non utile à tel pouvoir ou groupe d'influence, « trop de confrères ne travaillent que pour leur employeur, le public étant totalement oublié ».

Au menu de ces Assises une quarantaine d'ateliers et débats. Le défi sera de « faire communauté pendant trois jours entre gens si différents. Certains se battent pour des législations spécifiques ou des compétitions nationales. Il faudra arriver à travailler sur des problématiques transverses et des échanges nord-sud. On planchera sur les progrès à faire en termes de statut, de moyens de vivre... Nous voudrions arriver à créer un état d'esprit ». «Aucun atelier ne se fera sans la présence d'une ou deux consoeurs, mais c'est un enjeu compliqué reconnait l'organisateur. On voit bien chez nous le travail qu'il reste à faire ».

Au-delà de ce défrichage constructif se profile un autre intérêt à la rencontre de Tunis : faire connaître et encourager le journalisme d'investigation autochtone du continent africain. West Africa Leaks est un consortium collaboratif de journalistes africains qui a investigué l'hiver dernier, sans grands échos dans la presse française. A Tunis, ces professionnels et des homologues français vont passer un jour et demi ensemble pour faire connaissance et construire des projets éditoriaux communs. Avec l'objectif de créer un réseau francophone d'investigation, qui pourrait présenter une première production aux prochaines Assises à Tours.

Jérôme Bouvier couve un dernier projet qui serait issu de ces Assises internationales : «créer un lieu d'hébergement, d'initiative, de propostion. Mon rêve : Tours, Tunis, et un troisième pied : la villa Albert Camus du Journalisme ! Il existe bien à Washington le Newseum pour le journalisme et la liberté d'expression... Une résidence à la fois muséale, lieu de formation... L'utopie totale, mais qui a du sens ».

Th. B.

Publié le : 
Dimanche, 28 Octobre, 2018
Rubrique: