Fabrice Nicolino : «La carte de presse me donne des ailes»

Fabrice Nicolino, journaliste pigiste spécialisé dans l’environnement*, conseiller éditorial du groupe Bayard Presse, grièvement blessé dans l’attentat de Charlie Hebdo, est aussi militant et élu CFDT depuis plus de 30 ans. La carte de presse est pour lui plus indispensable que jamais. Entretien.

 
Quatre mois après l’attentat de Charlie Hebdo, comment vas-tu ?
J’ai été lourdement touché aux jambes, ai subi plusieurs opérations, dont une récente greffe de nerf. Actuellement je suis en fauteuil roulant. Je pourrai tenir debout, mais il est possible  que je ne remarche pas normalement. J’ai de fortes douleurs, mais j’ai le moral.
 
L’épreuve que tu vis a-t-elle changé ta vision du métier ?
Non ! Ou plutôt, cela confirme l’idée très ancienne chez moi que le journaliste a une responsabilité sociale. Il a des comptes à rendre à la société. J’expérimente la fragilité des êtres, et cela me donne encore plus envie de recueillir des informations, de les rendre intelligibles, d’écrire, de donner la parole même à ceux avec qui je ne suis pas d’accord. Quel privilège ! Nous avons la chance extraordinaire de disposer de clés, d’autorisations pour entrer partout, simplement par notre statut. Quelles sont les professions qui le permettent ? Que ce soit pour interroger de hauts responsables de l’Etat ou des éleveurs de vache charolaise, notre carte de presse nous donne la liberté incroyable de traverser la société d’un bout à l’autre. 
 
Pourtant, la carte de presse n’est pas constamment demandée !
En effet, et je crois qu’elle ne m’a été demandée que deux ou trois fois ! Mais le fait de l’avoir dans la poche me donne une légitimité profonde. Ce bout de plastique est un viatique. Il m’a souvent donné des ailes ! Je me sens adossé à une profession, j’en suis le représentant. Alors j’ai le devoir de faire mon métier sérieusement.
 
Quel regard portes-tu sur les élections à la Commission de la carte ?
Il faut absolument voter, car refuser d’exprimer son point de vue c’est se comporter comme un individu gâté, qui sait qu’il sera protégé. La carte est une protection de notre liberté. Le vote aux élections professionnelles, de manière générale, est un signe de reconnaissance. Ici en l’occurrence, le votant reconnait la Commission, et inversement. Il faut en être fier. C’est l’inverse de l’esprit individualiste.
 
Pourquoi voteras-tu CFDT ?
Malgré toutes les critiques que l’on peut lui porter, c’est un beau syndicat, démocratique, ouvert, qui rassemble, cherche des solutions, ne renonce jamais. J’y suis engagé depuis 1984, quand j’ai créé la section CFDT à Prisma Presse, alors que je travaillais chez Femme actuelle. J’en fus le premier délégué syndical. Depuis 1996, je suis délégué du personnel à Bayard Presse, où je suis entré comme pigiste via Terre Sauvage. Il était important pour moi de m’investir dans une confédération. Un syndicat est fait pour unir les gens, de la standardiste au rédacteur en chef. C’est une respiration géniale. Nous subissons tous les mêmes menaces et c’est ensemble que nous sommes plus forts. 
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*Il a notamment publié, chez Fayard, Pesticides, révélations sur un scandale français et La faim, la bagnole, le blé et nous.
 
Sur l'élection à la commission de la carte de presse : ccijp-cfdt.infos.st