Roland Garel, dessinateur de talent et syndicaliste

Alors que le 42e festival de la BD d’Angoulême s’est refermé il y  a quelques jours, Roland Garel, un grand de notre profession, vient de nous quitter. Il sera inhumé mardi 10 février 2015 à 9h30 au cimetière parisien du Père Lachaise.

Né en 1930, Roland Garel entre en 1947 aux éditions Mondiales de Cino Del Duca comme retoucheur et maquettiste, et dessine pour cet éditeur des BD qui paraissent dans ses titres : "Tarzan", "L’Intrépide", "Nous Deux", "Intimité", "Hurrah-Aventures".

Roland a obtenu sa carte de presse 14264 en 1964. Il a exercé en qualité de pigiste pour plusieurs publications (Triolo, Télé Loisirs, Syndicalisme CFDT, Okapi, Télé Junior, Prévention Routière et le Matin de Paris). De 1964 à 1976, il a été reporter dessinateur au sein de France Soir. Au sein de cette rédaction, où excellait son ami Paul Parisot, il chroniqua notamment des procès pour France Soir, alliant  sa plume et son crayon. Il a collaboré à travers des strips, des dessins d'actualité ou des portraits à de multiples médias, de la PQR (L'Est Républicain, La Montagne, Le Provençal, Le Dauphiné libéré) à la presse magazine (Elle, Télé-Loisirs, Télé 7 jours, Le Nouvel Observateur).

Un authentique militant

Notre ami était aussi un grand du syndicalisme. Entré comme Paul Parisot à la CFDT dès sa naissance (évolution de la CFTC en CFDT en novembre 1964). Il a été notamment le créateur de la section des reporteurs dessinateurs au  sein du SJF (Syndicat des journalistes français CFDT), qui a compté grâce à lui plusieurs dizaines de dessinateurs et caricaturistes adhérents au syndicat.

Roland a été un des élus de la Commission de la carte (première instance et supérieure). Spécialiste des questions juridiques, il s’est battu pour les droits de ses collègues, leur a fait gagner de nombreux procès, notamment contre les rédactions de Pif, Mickey et d’autres. Il n’a pas arrêté de les défendre aussi devant la Commission arbitrale des journalistes et a permis aux dessinateurs de presse et caricaturistes d’obtenir la reconnaissance de leur métier propre au sein de la profession de journaliste, et la qualification de reporteurs-dessinateurs.

Saluons sa mémoire et si nous le pouvons RDV mardi 10 février au Père Lachaise pour lui rendre hommage.

Dans sa bibliographie

Robin des bois (Jeunesse et vacances (1966), L’Auberge rouge (1969), Le Grand chelem (1978), Les Grandes Heures des Chrétiens (1979 à 1983), Encyclopédie en Bandes Dessinées (L'intégrale) (1982 à 1998), Antarès (Mon Journal) (1986), Les Grandes heures des églises (1986 à 1988), Saint Vincent de Paul (1994), Des entreprises et des bulles (2003), Galax (2012).

Quelques réactions de la profession…

On ne compte pas le nombre de collègues en difficulté qu’il a aidés sans réserve.

Bruno Pfeiffer, président du Syndicat des journalistes CFTC.

Au nom du SNJ-CGT je tiens à saluer la mémoire de Roland Garel, un des grands syndicalistes de notre profession. Je ne l'ai pas connu mais je sais le travail qu'il a accompli, en particulier au sein de la CCIJP. Fraternellement

Emmanuel Vire, Secrétaire général du SNJ-CGT.

et de camarades qui l’ont connu à la CFDT

Nous perdons un grand camarade et je perds un voisin que je rencontrais
souvent.

Katty Cohen, ex déléguée syndicale aux Echos, et ex-élue à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels.

Les moustaches de Roland, sa truculence, son parler vrai, sa gentillesse sont indéfectiblement associés dans ma mémoire aux années passées à la CFDT. Il était de tous les congrès et de toutes les réunions, acharné à défendre ses amis dessinateurs et au-delà tous les pigistes. A la fois chef de bande et grand militant ! Salut Roland.

Françoise Chirot, ex-secrétaire générale du SJF-CFDT, journaliste à L’Express puis au Monde.

J'ai rencontré Roland il y a 40 ans, comme syndicaliste mais aussi comme dessinateur alors que j'étais responsable d'un journal de BD. Il essayait toujours de trouver du travail pour un de ses collègues ou nous alertait sur la situation précaire d'un autre, quelquefois au dépend  de son propre intérêt. Il avait la solidarité dans ses gènes de titi parisien et une idéologie simple mais efficace "faire payer les patrons" Oui, c'était un personnage qu'on imaginait sortir d'un film en noir et blanc (comme la plupart de ses dessins à France Soir) célébrant le Front populaire.

Pierre Marin, ex président du SJF-CFDT, journaliste chez Fleurus puis La Vie du rail.

Il faisait partie de ces gens dont on se dit que rien, jamais, ne peut leur arriver. Il était un personnage au plus beau, au plus noble sens du terme. Salut l'ami !

Gérard Valles, directeur régional de France 3 (Grand Sud), ex secrétaire général de l’Union syndicale des journalistes CFDT.

Tristesse partagée, d'apprendre la disparition de ce grand héraut, héros aussi parfois, des droits d'auteur, à l'inoubliable gouaille.

Francis Laffon, ex directeur de la rédaction, et envoyé spécial permanent à Paris du quotidien L’Alsace.

Roland a été pour moi un des pères dans le syndicalisme des journalistes quand je l’ai rejoint en 1981, au même titre que Jean Delbecchi et Paul Parisot. Au même titre que Jean-André Laville, j’aimais en lui sa truculence qui nous a fait approcher celle de ses amis d’Hara_Kiri puis Charlie Hebdo. C’est aussi le militant syndical dans l’âme qu’il était que j’ai rejoint avec plaisir. Son attention aux plus précaires, sa volonté d’en découdre avec les éditeurs, ses bagarres gagnées, la reconnaissance obtenue pour les dessinateurs comme des journalistes à part entière… voilà ce qui m’a séduit en lui. Longtemps, il a animé une agence où il employait des collègues, l’agence Apar (Agence de presse des auteurs réunis), situé dans un quartier où la presse écrite a connu ses beaux jours, à deux pas des sièges successifs du Syndicat des journalistes français CFDT au 5 rue Geoffroy Marie puis au 43 rue du Faubourg Montmartre. Son expérience de terrain héritée d’une famille ouvrière parisienne, son talent, sa sature physique en faisait un syndicaliste respecté de tous, y compris des « patrons » de presse avec qui il ferraillait.

Jean-François Cullafroz, ex secrétaire général des journalistes CFDT et élu à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels

Merci à la CCIJP pour les éléments de biographie et les documents fournis