Libération de Mathias Depardon, toutefois encore beaucoup de journalistes emprisonnés en Turquie

Mathias Depardon, sourire aux lèvres. Photo d'archives via Facebook.

 

La libération de Mathias Depardon, expulsé par avion ce 9 juin 2017 au terme d' un mois de détention arbitraire dans le sud-est de la Turquie où il effectuait un reportage sur l'eau pour le compte du magazine National Geographic au motif qu'il n'était pas en possession d'une accréditation à jour, est l'aboutissement d'une ample et ferme mobilisation de l'Elysée, de ses collègues, de RSF, des syndicats de journalistes français et belges, de la Fij, de la Fej et de la ténacité du comité de soutien constitué pour la circonstance.

Sous la menace d'une enquête pour agissements terroristes, Mathias Depardon, 37 ans, installé depuis 5 ans en Turquie, a recouvré la liberté. Là est l'essentiel. Mais le cas est alarmant. C'est la première fois qu'un correspondant étranger est détenu aussi longtemps en Turquie. Devenu un bouc émissaire malgré lui, ce photo-reporter a vécu quatre longues semaines isolé dans un centre de rétention pour  migrants situé à  Gaziantep près de la frontière syrienne. La déclaration, durant sa détention, du ministre turc des Affaires étrangères, selon laquelle en Europe les agences de renseignement européenne utilisaient les services de journalistes a fait craindre un durcissement des autorités turques après le récent référendum constitutionnel à l'issue duquel le président Recep Tayep Erdogan dispose de pouvoirs étendus. 

Déjà en novembre, un journaliste français, Olivier Bertrand avait été arrêté en Turquie avant d’être expulsé vers la France. En avril, un confrère italien Gabriele Del Grande avait subi le même sort alors qu’il se trouvait à la frontière avec la Syrie. Mathias Depardon libre, 156 journalistes turcs et kurdes restent en prison dont Deniz Yücel, journaliste germano-turc employé par Die Welt et Oğuz Güven, rédacteur en chef de l’édition en ligne du quotidien Cumhuriyet. Le procès d' Erol Önderoğlu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie “pour propagande terroriste”  et de deux autres membres de la société civile turque est reporté au 26 décembre.

La CFDT Journalistes, membre fondateur des Fédérations internationale et européenne des journalistes, tout en se réjouissant que Mathias Depardon -que nous déclaré adhérent d'honneur- oit libéré s après une trop longue et injustifiée détention, n'oublie pas qu'il faudra rester mobilisés jusqu' à ce que la liberté d'informer et d'exercer librement le métier de journaliste soient de nouveau reconnus en Turquie pour les journalistes de ce pays et aux correspondants étrangers.

                                                                                                                                 Paris le 9 juin 2017

 

Publié le : 
Vendredi, 9 Juin, 2017